Coup de coeur!

Il s’était écoulé bien des jours ou peut-être des semaines depuis qu’Elodie observait « Steeve » à son insu. Tous les prétextes convenaient pour circuler dans le sillage de celui-ci, mais les fréquentes envies d’aller au petit coin pendant la récréation étaient les meilleurs… – vous comprendrez quand vous saurez que sa bande à lui avait élu domicile près des vestiaires des filles. Elle le surveillait à la loupe, ce beau « caramel », grand et bien bâti, affichant continuellement un faux air de désintéressé même quand il s’agissait de rire des vannes de ses potes… Elle l’épiait le jour et en rêvait la nuit. Tel un ruminant, elle repassait en boucle toutes ces images volées et grâce à elles, elle lui inventait une personnalité, ne sachant rien de lui…même son nom (elle lui en avait donc donné un : Steeve).

Elle avait raconté à toutes ses amies son coup de cœur et leur répétait, inlassablement, qu’un jour elle prendrait son courage à deux mains et irait lui parler. Les jours passaient, l’on approchait vers la fin de l’année et rien ne se produisait… jusqu’au jour où l’une des amies, Sabrina, fatiguée des multiples promesses non tenues, décida de prendre les choses en main.

Ce jour-là, celle-ci traina de force sa camarade, se rendit auprès de Steeve et se présenta tout simplement. Se retournant ensuite vers Elodie, elle en fit de même pour elle, prenant soin de préciser que c’était cette dernière qui lui avait expressément demandé de venir faire les présentations. La honte !… Le pire c’est que Sabrina partit tout de suite après son méfait accompli. Restée seule, Elodie, toute embarrassée, se hâta de prendre la main qui lui était tendue, la secoua plus qu’il n’était nécessaire et prit vite la poudre d’escampette tout en balbutiant des mots d’excuse. Elle revint toute remontée vers Sabrina mais celle-ci, avec son sourire narquois, la convainquit que ça avait été la meilleure chose à faire. Elodie tint quand même à envoyer une lettre à l’objet de ses pensées pour tout lui expliquer et s’excuser – en omettant de dire bien sûr qu’elle avait le béguin pour lui. Pour toute réponse, elle reçut du facteur – Sabrina, en fait – un numéro de téléphone.

Elle ne se fit pas prier pour établir le contact : elle l’appelait chaque 2 ou 3 semaines. Lui, n’était pas autorisé à l’appeler : Elodie n’avait pas de cellulaire. Sur la cour de l’école, elle n’osait l’approcher ; elle lui faisait un coucou de loin et cela lui suffisait. Leurs entretiens téléphoniques se résumaient aux salutations d’usage et à 3, 4 phrases égrenées çà et là dans des conversations qui ne duraient pas dix minutes. La seule fois qu’il avait osé l’appeler – elle se souvient de s’en être étonnée – c’était pendant les grandes vacances. Elle ne put répondre correctement : elle était entourée de cousins et de cousines beaucoup plus âgés qu’elle et de sa mère. Elle fut brève – encore plus que d’habitude –, sèche et feignit ne pas entendre la moitié de ce qu’il lui disait…tout en suant bien sûr.

Quelques jours plus tard, elle lui retourna son appel pour tomber sur une voix inconnue qui lui apprenait que son ami ne vivait plus au pays. Le choc ! Et la personne ne pouvait ou ne voulait même pas la renseigner… Avec une pointe de déception elle raccrocha… C’était la fin d’une amitié qui n’avait pas eu l’occasion de germer ni la possibilité de continuer. Encore aurait-il fallu avoir ces réseaux sociaux qui pullulent aujourd’hui pour qu’ils gardent contact… Son béguin s’en trouva vite atténué et la vie reprit son cours normal. Elle n’en gardait qu’un vague souvenir.

Toutefois, 6 ans plus tard, au hasard d’une recherche, elle tomba sur son profil. Il n’avait pas changé si ce n’est un début de calvitie. Tout en se moquant de combien elle avait pu être puérile quelques années plus tôt, elle le contacta et tacha de lui rappeler « leur amitié ». Elle l’écrivit en ayant soin de lui dire son nom complet, l’école commune qu’ils avaient fréquentée et leurs promotions respectives… Apparemment il ne s’en souvenait pas. Elle alla donc jusqu’à lui conter l’histoire de leur rencontre : la démarche audacieuse de Sabrina, les présentations, la missive, le numéro de téléphone… Rien y fait… Le nigaud ! Il avait vraiment tout oublié…ou peut-être, qu’en fin de compte, son petit air de désintéressé de l’époque n’avait eu de « faux que l’air »…

 

Melissa VALME

23/07/2017

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