Amies un jour, Amies toujours?

(Amy et Jenny sont deux amies d’enfance. Le cours de leur histoire change quand elles rencontrent le même homme sans le savoir. La première à s’en rendre compte est Jenny ; mais Amy préfère croire Ben (l’homme en question) plutôt que son amie… Lisez : « Il a fallu que je lui raconte au plus vite…» et « Le lui dire ou pas? (Suite) » – parus dans Le Nouvelliste, La page des lecteurs – pour mieux comprendre l’intrigue.)

Assise à une altitude de près de 57 mètres, je surplombe la ville et découvre, par les baies du 58 Tour Eiffel, les premières lumières de la vie nocturne parisienne. Je regarde les passants et imagine, pour chacun d’eux, une histoire. Je ne sais pas pourquoi mais je pense également à un roman dont je raffolais dans ma prime jeunesse: “Les six compagnons à la Tour Eiffel” – les péripéties de ce malheureux “Tondu” venu à Paris pour tenir compagnie à sa tante – …

C’est un tel plaisir de pouvoir replonger dans ces souvenirs; ils signifient un temps d’insouciance et d’innocence. Le temps où Amy et moi dévorions les livres… Ah la belle époque! Une époque qui s’en est allée et qui ne reviendra jamais. Trop d’eau avait coulé sous les ponts… Près de 15 mois depuis notre «rupture»… c’était moins douloureux maintenant mais c’était loin d’être oublié.

Au moment des faits, mêmes les parents, mis au courant, avaient tenté de la convaincre de ma bonne foi. Mais elle ne démordait pas : c’était moi la méchante de l’histoire. Elle devenait odieuse avec quiconque osait la mettre en garde contre son amoureux.

Dans un dernier élan pour démasquer le menteur et aider mon amie, j’avais demandé à Tatie Aurélie (la maman d’Amy) d’espionner le couple et de me prévenir du lieu et de l’heure de l’une de leurs rencontres. Ce qu’elle fit. Je voulais ainsi confronter Ben, avec Amy comme témoin. Ce jour-là, ils se rendaient à un spectacle qu’un comédien donnait. Je m’y présentai avant l’heure afin de les surprendre et me postai à l’entrée de la salle… Une demi-heure plus tard, ils arrivaient. Quand je les aperçus, je m’en approchai. Ils me virent à leur tour… et je lus de la colère dans les yeux de l’une et de la condescendance dans le regard de l’autre. Je leur barrai quand même la route et leur demandai de leur parler. Amy me siffla qu’elle n’avait plus rien à me dire et le goujat, lui, d’une voix assez forte pour être entendue des personnes les plus proches, feignit me rappeler pour la énième fois qu’il ne m’aimait pas et que je devais arrêter de le harceler… Des filles pouffèrent de rire derrière moi et j’entendis des mecs commenter que les hommes ne manquaient pas et qu’eux-mêmes étaient disponibles… La honte ! L’unique consolation que j’eus ce jour-là, quoique faible, c’est qu’avant de partir, je lui assénai une de ces gifles dont il se souviendra toute sa vie. S’il avait tant tenu à me faire passer pour une hystérique autant lui donner satisfaction jusqu’à la fin !

Ce jour-là, je mis une pause sur ma mission d’ouvrir les yeux d’Amy et entreprit d’oublier cette histoire. Mais c’était sans compter sur la dépression. J’étais amère et nerveuse. J’étouffais à la maison mais j’évitais de sortir ; si ce n’est pour le boulot. Je redoutais de tomber sur le couple voire sur l’un des spectateurs de cette fameuse scène. J’enrageais ;  aussi mes parents me payèrent un voyage en France pour mes vacances. Le séjour était agréable et ce fut la joie quand il put se prolonger. En effet, ma candidature avait été sélectionnée pour un programme de stage auquel j’avais postulé des mois auparavant. Initialement, le stage devait durer six mois mais il fut renouvelé. Je passai près de 12 mois au sein de la compagnie. En ce moment, je travaillais sur mon rapport de stage et après je devrais rentrer chez moi. C’est surement la raison pour laquelle je recommençais à penser à Amy…

2 mois plus tard…

Je suis dans les locaux de l’Aéroport Toussaint Louverture et me dirige vers la sortie pour retrouver mon père. Au loin, je le remarque gesticulant. Je souris : il agit comme si je ne l’aurais pas reconnu même entre mille. Je cours dans ses bras. Sur le chemin du retour, je m’enquiers des nouvelles de tous et de chacun… mais je n’ose parler d’Amy. Comme d’un accord tacite, lui non plus…

 Nous arrivons. Le calme de la cour m’intrigue mais je ne commente pas. Et mon explication je la trouve quand,  poussant la porte d’entrée, j’entends joyeusement : « BIENVENUE JEN ! ». Ils étaient tous là, les gens qui m’avaient manqué : ma mère, mes grands-parents, des cousins et cousines, Tatie Aurélie et… Ô Stupeur !… Amy. Du coup, mon grand sourire s’efface. Sans réfléchir, je lance à ma mère : « Qu’est-ce qui t’a pris de l’inviter celle-là? ». Alors qu’un « Jenny ! » désapprobateur me revient en guise de réponse, je tourne les talons et prend la direction de ma chambre. Personne n’essaie de me retenir. A peine avais-je claqué la porte que je l’entends s’ouvrir. Sans même la voir, je devine aisément l’intruse.

–  Tu viens faire quoi ici ?

– Ta maman m’a invité, balbutia Amy.

– Je m’en moque ! Elle n’aurait pas dû.

– J’ai également à te parler.

– Et c’est moi maintenant qui n’ai rien à te dire…

 « Jen, je suis tellement désolée, supplia-elle au bout d’un moment. J’ai tellement honte. Je ne sais par où commencer… ». Ces mots, je les avais souhaités depuis ce jour où, ici même dans ma chambre, Amy m’avait clairement signifié son choix. Mais je réalisais maintenant qu’ils n’auraient pu être prononcés sans être provoqués ou dictés par certaines circonstances. Je me retournai alors pour mieux la scruter. Des larmes perlaient au coin de ses yeux, elle portait un lourd maquillage, elle avait pris du poids bien qu’elle semblait quelque peu défraîchie. Sans que je ne me l’explique, elle me fit de la peine. Cet instinct de grande sœur que j’avais toujours eu envers elle refit surface. Mais je maintins mon masque de glace et ne pus m’empêcher de lui lancer une pique.

–  Tu aurais dû emmener Ben avec toi. Lui, à coup sûr, aurait trouvé quelque chose à dire. Et de la bombe en plus !

Aïe! Ma remarque avait fait mouche. Elle pâlit sous son maquillage et sa lèvre inférieure trembla. Des larmes silencieuses coulèrent et elle se mit à parler. Elle racontait, comme à une thérapeute, son vécu de ces derniers mois. Elle avait cru dur comme fer que tout le monde voulait la séparer de Ben alors elle s’en était rapprochée tout en s’éloignant des autres. Au bout de quelques mois, ils s’établirent ensemble et elle coupa pratiquement tout lien avec ses parents.  Au début, tout était rose. Mais au fil des semaines, Ben se mit à découcher ; et c’est là que les problèmes commencèrent. Les disputes se multipliaient. Un jour, elle le surprit chez eux avec une autre ; il se contenta de s’excuser. Deux jours plus tard, elle eut la même surprise à son retour du boulot et cette fois-ci, sans ambages, monsieur lui fit comprendre que ce n’était plus la peine qu’il aille ailleurs puisque maintenant elle était au courant. Amy riposta violemment et lui cria que Jenny avait été la seule à avoir raison depuis le début. La réponse de Ben ne fut autre qu’une gifle superbement administrée qui la jeta à la renverse. Il lui dit qu’au contraire cette Jenny les avait mis sous une mauvaise étoile avec tous ses mensonges…

– Je te demande pardon Jenny, continua Amy. Je t’ai blessé. Je n’ai aucun droit de te le demander mais…pardon.

– Amy, J’ai beaucoup souffert de ton manque de confiance et de ta traitrise. Tu as craché sur notre amitié… Je ne pourrai pas de sitôt te refaire confiance ni reprendre comme si de rien n’était. Mais sois sûre d’une chose : je ne t’en tiens plus rigueur.

– Merci Jen, dit-elle, alors qu’elle éclatait en sanglots.

C’en était trop!… Instinctivement, je la pris dans mes bras et essayai de la calmer. Quand elle eut fini de pleurer, elle se rafraîchit. Je découvris ainsi que son lourd maquillage n’était destiné qu’à cacher d’autres marques beaucoup plus prononcées. Je ne lui permis pas d’en remettre. « Si Ben n’a pas eu honte de te frapper, lui dis-je. Tu ne dois pas avoir honte de montrer son vrai visage à tout le monde ».

Son calme retrouvé, nous retournâmes trouver les autres. Et, alors que je fermais la porte de ma chambre, je décidai d’en faire autant sur ce malheureux épisode et d’en laisser une autre, même entrouverte, pour notre amitié. Ce n’était pas joué d’avance, mais l’amour sincère espérait tout, non ? Et puis… faudra bien que nous soyons unies s’il nous venait, un jour, l’idée de rendre la monnaie de sa pièce à ce Ben…

 

 

Mélissa VALME

 

 

 

 

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s