Les confessions d’Agnès…

Je suis Agnès: épouse et mère de famille… C’est bizarre comment, au fil des années, j’en suis venue à résumer ma description qu’à ces deux rôles. A croire qu’avant, je n’étais qu’Agnès et qu’il m’a fallu attendre le mariage pour trouver un sens à ma vie… « Pathétique ! direz-vous »… Je n’en disconviens pas. Par contre, vous conviendrez avec moi que mon éducation ne m’a conditionné que pour ça. En effet, je suis issue d’une famille assez commune qui partageait la mentalité dominante de son époque : les garçons allaient à l’école jusqu’à la fin de leur cycle d’études ; les filles, elles, se rendaient jusqu’au brevet, pour les plus chanceuses.

Ensuite, nous étions inscrites à des cours de couture ou de cuisine. Nous apprenions à devenir, dès notre jeune âge, de vraies maitresses de maison. Tandis que les garçons jouaient, nous, nous aidions nos mères à tout gérer dans le ménage. Les garçons avaient également le droit de sortir dès qu’ils en avaient envie mais nous, non. Une fille se devait d’être sobre et réservée. C’était vital, selon les parents, que nous gardions irréprochable notre réputation et chaste notre corps, si nous voulions faire un bon mariage et l’honneur de la famille.

Je n’ai jamais été rebelle, je m’alignai donc facilement aux exigences de l’époque. Il ne fut nullement difficile à mes parents de me trouver un mari. Je gardai fidèlement le schéma que j’avais jusqu’ici connu.

 J’étais femme au foyer et je me chargeais de tout ce qui avait trait à la bonne marche de la maison. J’étais debout au petit jour pour préparer le petit déjeuner et apprêter les enfants. Une fois toute la maisonnée partie au boulot et à l’école, je mangeais, nettoyais la maison ou faisais de la lessive ou encore repassait. Ensuite je partais faire des emplettes pour le diner. Au retour des enfants, je les faisais manger et les aidais avec leurs leçons et leurs devoirs (pour ma scolarité, j’avais fait partie des plus chanceuses). Vers la fin de la journée, mon mari rentrait et il prenait son repas. Lorsque l’heure arrivait, je mettais les enfants au lit et m’assurais que tout soit prêt pour le lendemain. J’espérais certaines fois que la journée s’achève sur cette note, mais assez souvent elle se prolongeait fort tard dans la nuit lorsqu’il fallait que je réponde à mes devoirs conjugaux. Ces diverses taches, je les accomplissais, tout bonnement, avec le sentiment de remplir la seule mission pour laquelle j’existais. Toutefois ce qui me dérangeait la plupart du temps c’était de ne pas avoir la voix au chapitre, que ce soit pour prendre des décisions, exprimer mes désirs ou juste donner mon opinion.

 Un jour, un seul, je pensai à faire les choses différemment ; j’ai élevé la voix et tenu un de ces discours dits « féministes » que j’avais entendus à la radio. J’avais voulu faire comprendre que moi aussi j’avais des rêves et qu’ils valaient, eux aussi, la peine d’être réalisés. Je prônai que moi aussi j’avais des droits et qu’ils devaient être respectés. Je fus immédiatement mise sur la sellette. Je fus bousculée par mon mari d’abord, mes parents ensuite et enfin par mes beaux-parents. Ces derniers menacèrent même de m’enlever mes enfants, vu que je m’étais révélée inapte à en assurer l’éducation…

Je le répète : Je n’ai jamais été rebelle. Je me suis donc rapidement remise sur la voie que tous considéraient droite. Aujourd’hui, ma vie n’est que répétition de ce que j’ai appris avec ma mère, dans sa cuisine et dans sa relation avec père. Je vis désormais ma vie comme on me l’avait enseigné…Après tout, je ne suis qu’Agnès : épouse et mère de famille.

 

 

Mélissa VALME   

 

 

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